4 août 2026
Prendre soin de l'EAU : maintenir sa qualité
Préserver nos ressources en eau est un enjeu vital pour garantir la pérennité de notre système alimentaire. En effet, l’agriculture est à la fois dépendante de ces ressources, mais aussi une grosse consommatrice : 58% de l’eau consommée en France l’est pour l’agriculture et malheureusement 67% des nappes souterraines sont déclassées à cause des pesticides et de leurs dérivés utilisés en agriculture conventionnelle .
De plus, le changement climatique affecte le cycle de l’eau et modifie la fréquence et l’intensité des sécheresses et des inondations, ce qui a un impact majeur sur les pratiques agricoles existantes ainsi que les rendements. Les épisodes précoces de canicules en 2026 en témoignent déjà.
Le Réseau AMAP IDF a exploré la thématique de l’eau dans un contexte de dérèglement climatique lors d’un voyage d’étude les 21 et 22 novembre 2025, avec le retour d’expériences de 8 paysan·nes installé·es sur 5 fermes en Seine-et-Marne.
Cet article est le second d’une série analysant plus en détail les liens entre les AMAP et la protection de la ressource en eau, se focalisant ici sur l’enjeu de la qualité de l’eau.
D’où vient l’eau que l’on boit ?
L’eau que nous buvons au robinet suit ce qu’on appelle le « petit cycle de l’eau » : l’eau est d’abord captée dans des sources naturelles telles que les rivières, nappes phréatiques en sous-sol, puis traitée pour la rendre potable. A Paris par exemple, la moitié de l’eau provient des eaux souterraines captées en Île-de-France, Bourgogne et Normandie, et l’autre moitié provient de la Seine et de la Marne. Cette eau traitée est ensuite stockée avant d’être acheminée dans le réseau d’eau potable. Une fois utilisée, elle peut partir vers les systèmes d’assainissement avant d’être rejetée dans la nature.
On peut distinguer plusieurs zonages autour des captages d’eau :
Périmètres de protection d’un captage d’eau (Syndicat Mixte des Eaux de l’Allier)
- Une aire d’alimentation de captage (AAC) correspond à la surface sur laquelle une goutte d’eau tombée au sol alimentera le captage.
- Un périmètre de protection immédiate (PPI) est défini autour du point de prélèvement.
- Un périmètre de protection rapprochée (PPR) où les activités ou installations peuvent être réglementées ou interdites si elles portent atteinte à la qualité des eaux.
- Un périmètre de protection éloignée (PPE) peut être nécessaire, où les activités et installations peuvent être réglementées.
- Une Zone d’Action Prioritaire (ZPA) est une zone de l’aire de captage particulièrement vulnérable aux pollutions diffuses d’origine agricole.
Ces périmètres sont proposés par un hydrogéologue indépendant et désigné par le préfet, et un arrêté départemental délimite et réglemente ces zonages [1].
Quel est l’état actuel de la qualité de l’eau en Île-de-France & dans le bassin Seine-Normandie ?
Les activités agricoles ont une responsabilité importante dans la dégradation de cette qualité du fait de l’utilisation d’engrais azotés et phosphatés et de pesticides. Un tiers des cours et plans d’eau du bassin Seine-Normandie est soumis à des pollutions diffuses d’azote d’origine agricole de manière significative, et 67% des masses d’eau souterraines (type nappes) sont déclassées à cause des pesticides et de leurs dérivés. Aussi, certaines pratiques agricoles peuvent aggraver les pollutions : par exemple, en l’absence de haies ou les sols non couverts, le lessivage des polluants vers les écosystèmes naturels ne sont pas freinés.
Si rien n’est fait, l’utilisation des phytosanitaires risque d’augmenter sur le bassin du fait de la diminution des exploitations et l’augmentation de leur taille, du changement climatique, du développement de la méthanisation. De plus, la loi d’urgence agricole [3] votée par le Sénat de la nuit du 29 au 30 juin 2026 autorise la réintroduction de deux insecticides interdits en France [4].
Dans ce contexte, il devient d’autant plus urgent de développer d’autres modèles et pratiques agricoles protégeant nos ressources en eau !
Les pratiques de l’Agriculture Biologique protègent la qualité de l’eau !
De nombreuses études convergent sur les bienfaits de l’agriculture biologique pour préserver la qualité de l’eau [5], grâce à un usage restreint d’intrants chimiques et le développement d’infrastructures agroécologiques.
Il est possible de s’orienter vers ces pratiques plus vertueuses [6] en remplacement des intrants :
- La sélection de variétés pour leur résistance aux maladies.
- Des techniques culturales comme la rotation des cultures, les cultures intermédiaires, et l’utilisation de légumineuses pour enrichir le sol en azote.
- Des techniques mécaniques comme le désherbage mécanique, paillage etc.
- Des alternatives biologiques pour lutter contre des organismes nuisibles.
Ces infrastructures agroécologiques présentent des bénéfices sur la préservation des ressources en eau :
- La plantation de haies, permettant de ralentir l’écoulement de l’eau sur les parcelles et l’érosion, ce qui diminue le lessivage des polluants dans les écosystèmes aquatiques (en plus de favoriser la biodiversité locales).
- La restauration des prairies, pour protéger les sols et limiter le ruissellement, notamment avec les modèles d’élevage extensif et de polyculture-élevage.
Qui finance la protection de l’eau ? Un aperçu des institutions qui cherchent à développer ces pratiques vertueuses
La Cour des Comptes a fait un état des lieux du soutien à la conversion et au maintien de l’agriculture biologique en France en 2022 [7], et y décrit les différents financements :
Évolution des paiements de l’aide à la conversion et au maintien en agriculture biologique par financeur, 2015 - 2020 (en M€). Source : Cour des Comptes, 2022.
Bien que la Politique Agricole Commune (PAC) européenne, représente environ la moitié des financements aux exploitations, ces soutiens à l’agriculture biologique ne représentent qu’une part très marginale (moins de 3 % !) du budget total de la PAC mis en œuvre par la France d’après la Cour des Comptes. Et, les négociations actuelles sur la prochaine PAC, présagent un recul de ce soutien : le Ministère de l’Agriculture française a même proposé de limiter le soutien au maintien des exploitations en agriculture bio [8].
Les Agences de l’eau sont aujourd’hui les 2ème financeurs publics de l’agriculture biologique : l’Agence de l’Eau Seine-Normandie estime par exemple que « c’est la réponse efficace et optimale pour réduire les pollutions agricoles, préserver la ressource en eau des contaminations aux pesticides, facilement contrôlable (cahier des charges précis et certification) et économiquement viable ». Ce soutien permet de réduire les coûts liés à la pollution des eaux par les produits phytosanitaires et par les nitrates, évalués entre 540 et 970 M€ par an.
Les Agences de l’eau perçoivent des redevances, et les utilisent en finançant 2 types d’actions :
- La protection des captages en amont grâce à une stratégie foncière et les Payements pour Services environnementaux (PSE) pour les exploitations existantes, afin de les inciter à réduire les intrants et mettre en place des solutions fondées sur la nature (comme des haies, mares...).
- Le soutien au changement de filière, avec par exemple le financement des travaux de la légumerie de la SCIC coopérative Bio Ile de France (765 500€).
Malgré la croissance de la production et de la demande en bio, la Cour des Comptes estimait en 2022 que les soutiens à l’Agriculture Biologique restent insuffisants et ne sont « pas à la hauteur des ambitions affichées par les pouvoirs publics ».
Le rôle des AMAP et du Réseau des AMAP
Il est aujourd’hui indispensable que les financements publics s’engagent davantage pour développer la filière bio. Grâce à notre organisation collective et votre adhésion au Réseau AMAP IDF, vous participez à ce plaidoyer pour que l’Agriculture biologique devienne majoritaire !
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Grâce au mouvement des AMAP, le Réseau peut continuer à installer des paysan·nes en Agriculture biologique aux côtés de ses partenaires Abiosol, Les Champs des Possibles, l’AFOCG et Terres de liens.
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En vous engageant dans une AMAP, vous contribuez à pérenniser des modèles et pratiques agricoles vertueux, ce qui garantit une eau potable de qualité accessible à tous·tes sur votre territoire.
Patricia, bénévole au Réseau AMAP IDF
Le Réseau AMAP IDF est fière de bénéficier d’un financement de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie pour renforcer la filière et pour sensibilier le grand public sur le rôle de l'agriculture biologique dans la protection de la ressource en eau !
Sources
[1] Pour en savoir plus : http://wikhydro.developpement-durable.gouv.fr/index.php/Protection_captages
[2] Pour en savoir plus : « Synthèse technique de l’Etat des lieux 2025 de l’Agence de l’eau Seine-Normandie ».
[3] https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/30/loi-d-urgence-agricole-le-senat-approuve-la-reintroduction-encadree-de-deux-insecticides-interdits-dont-l-acetamipride_6717117_3244.html
[4] https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/06/30/avec-la-loi-d-urgence-agricole-le-gouvernement-depasse-par-l-offensive-sur-l-eau-d-une-partie-du-monde-agricole_6717277_3244.html
[5] https://territoiresbio.org/agriculture-biologique-et-ressource-en-eau/agriculture-biologique-et-qualite-de-leau-revue-de-la-litterature-scientifique/
[6] https://devenirpaysan-idf.org/wp-content/uploads/2026/06/ABIO_poster_BAT-2.pdf et https://www.agencebio.org/questions/lagriculture-biologique-utilise-t-elle-des-pesticides/
[7] Rapport de la Cour des Comptes sur le soutien à l’agriculture biologique en 2022 : https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2023-10/20220630-rapport-soutien-agriculture-bio.pdf p20, 21 et p102 ("
"Les aides à la conversion et au maintien en bio ne représentent dans les faits qu’une part marginale (moins de 3 %) du budget total de la PAC mis en œuvre par la France (cf. annexe n°16). "
[8] https://www.fnab.org/future-pac-la-france-affaiblit-le-soutien-de-leurope-a-la-bio/
[9] https://www.bioiledefrance.fr/media/dossierarticle/orab-gabidf-2026.pdf (p69)