22 déc 2022

Aléas multiples : soutenons les élevages pour qu'ils n'y perdent pas de plumes !

Les élevages de volailles et de poules pondeuses rencontrent différents aléas qui affectent directement les bêtes (maladies, virus, prédateurs, vol etc.) ou leur alimentation (sécheresse ou inondations impactent la qualité des récoltes destinées à l'alimentation). Ces épisodes difficiles qui mettent en péril la viabilité des élevages paysans démontrent aussi la force du modèle AMAP pour renforcer la résilience des éleveur·euses (soutien moral, préfinancement de la production, solidarité face à l'annulation de livraisons, dons etc.).

Des éleveur·euses en AMAP francilien·nes touché·es par des épidémies de salmonellose et des AMAP mobilisées

TOPO RAPIDE SUR LES SALMONELLES : Pour rappel, les salmonelles sont naturellement présentes dans l'environnement. Leur détection au sein de l'élevage, surtout dans les élevages en plein air, n'est pas synonyme de faute de la part de l'éleveur. L'élevage en plein air, que nous défendons pour le bien-être des animaux et la qualité des produits, implique un contact des animaux avec leur environnement, donc potentiellement avec certains pathogènes. Les éleveur·euses font d'énormes efforts en termes de sécurité sanitaire (formation, plan de biosécurité, sas sanitaires, etc.) avec des aménagements parfois très coûteux. Malgré le strict respect des mesures de biosécurité, on ne pourra jamais s'affranchir totalement de la présence de la salmonelle dans l'environnement. La cuisson de la viande élimine le risque lié à la salmonelle qui est détruite en quelques minutes à 70°C. Il faut toutefois faire attention au matériel de cuisine ou lorsque les produits sont consommés crus.

En septembre et octobre 2022, plusieurs élevages en AMAP ont été touchés par la salmonellose avec un impact financier et humain énorme.

Lors d'une épidémie de salmonelles, à la perte du cheptel qui doit être abattu et ne peut pas être revalorisé en produit transformé, s'ajoutent le rachat de nouveaux lots de poules et les frais de désinfection. Au-delà de l'impact financier, ce type de sinistre est extrêmement dur moralement pour les éleveur·euses. Cet aléa met en péril la pérennité des élevages. Un éleveur nous a indiqué avoir mis deux ans pour compenser les pertes financières.

Les AMAP en partenariat avec l'un des élevages touchés par la salmonelle se sont regroupées. Elles ont organisé un appel à solidarité pour aider la ferme. Grâce aux cagnottes participatives et à des fonds propres des AMAP, plus de 5000€ ont été récoltés. Les contrats AMAP ont été renouvelés avec un préfinancement sans livraisons immédiates afin de renforcer la trésorerie de la ferme. Pour les contrats en cours, en application du principe de solidarité face aux aléas, une grande partie des amapien·nes n'ont pas demandé à être remboursé des livraisons qui n'ont pas pu être assurées.

L'épidémie de grippe aviaire « la plus dévastatrice » de l'histoire européenne et le retour de la claustration des volailles en France

Malgré la claustration des volailles et son fort impact économique et moral sur les éleveur·euses plein air (plus d'infos en fin d'article), l'Europe connaît depuis plus d'un an la grippe aviaire « la plus dévastatrice » de son histoire d'après l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments. En France, à la mi-octobre 2022, on comptait près de 22 millions de volailles abattues et plus de 1 300 foyers viraux détectés (entre août 2021 et mai 2022).

Depuis le 11 novembre 2022, les volailles doivent de nouveau être claustrées sur l'ensemble du territoire métropolitain, avec 226 foyers de grippe aviaire confirmés et 700.000 bêtes abattues depuis le 1er août. En cette période de fin d'année, le risque de contamination est accru du fait de la baisse des températures et de la forte activité migratoire des oiseaux sauvages.

Les partenariats AMAP, un modèle pertinent pour renforcer la résilience des éleveur·euses face aux aléas

Au-delà des aléas sanitaires, les éleveur·euses sont confronté·es comme beaucoup d'autres paysan·nes à une inflation de leurs charges (plus d'info ici). Certain·es constatent une hausse de 20% du prix de l'aliment des poules depuis le début 2021, ainsi qu'une augmentation du prix des poussins lié à la mortalité accrue des reproducteurs du fait de la grippe aviaire. Mais les éleveur·euses qui produisent eux-mêmes leur alimentation sont plus résilient·es face à cette inflation !

Face à ces aléas, la construction de contrat AMAP adapté permet de renforcer la résilience des éleveur·euses. Plutôt que de s'engager sur des quantités fixes (6 œufs, poulet de 2kg) et de procéder à des remboursements en fonction des quantités reçues, les amapien·nes peuvent s'engager sur une part de production variable (« un poulet » entre 1,5 et 2,5kg et une « part de ponte »). En effet, le poids d'une volaille peut varier à âge égal malgré un traitement et une alimentation identique (et donc des charges fixes).

Pour avoir un prix adapté aux réalités de chaque élevage, il est utile de calculer le prix de la volaille ou de la part de ponte, en fonction des coûts de production réels, avec éventuellement une marge de sécurité pour anticiper l'augmentation en cours d'année de certaines charges. Lucie, salariée du Réseau, accompagne les paysan·nes pour réaliser ce calcul grâce à un tableur Excel. Etant donné que la base du contrat AMAP est un engagement sur un prix fixe, il est délicat de revoir le prix en cours d'année si les charges augmentent de façon substantielle. Pour payer le « juste prix », les AMAP dans cette situation ont plutôt mis en place une cagnotte participative.

Dans ces moments difficiles, ce qui différencie l'AMAP des autres débouchés, c'est avant tout le soutien moral qu'apporte les amapien·nes à leurs éleveur·euses pour lutter contre leur isolement et le risque de démoralisation.

Une réglementation pour lutter contre la grippe aviaire qui vient fragiliser les élevages plein air

  • Fin 2021, nous vous racontions les menaces qui pèsent sur l'élevage bio plein air liées à une nouvelle réglementation sur la grippe aviaire qui contraint les éleveur·euses plein air à confiner leurs volailles une grande partie de l'année lorsque le risque d'épidémie sera jugé élevé. La même réglementation s'applique pour les élevages industriels et les petits élevages plein air avec des conséquences inégales puisque les éleveur·euses de grosse densité ne sortent de toute façon jamais leurs animaux.
  • Comme l'expliquait Sophie Besnard dans cette vidéo, la claustration a de lourdes conséquences pour les volailles habituées au plein air (animaux stressés qui « se piquent » entre eux, litière du poulailler plus sale, etc.). Alors même que l'autarcie des élevages plein air et l'espace disponible pour les animaux limitent certains facteurs de risques de propagation de la grippe aviaire (densité des animaux, densité des exploitations sur un même territoire, multiplicité des transports d'animaux et de personnels).
  • Il est donc nécessaire de différencier l'application de la réglementation en fonction des conditions d'élevage et des territoires et de questionner la densité des élevages industriels. La mobilisation continue pour défendre le plein air !

 

Par Astrid, salariée du Réseau AMAP IdF

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