Une AMAP ne sécurise pas seulement l’achat des fruits : elle partage une partie du risque nécessaire pour qu’un verger puisse voir le jour puis continue à exister.
L’arboriculture bio est peu représentée en Île-de-France
C’est une production difficile, dont les rendements alternent et fluctuent au grès du cycle de vie des arbres :
- Les troncs attirent la gourmandise des champignons et des insectes
- Lorsqu'elles éclosent, les fleurs qui colorent les vergers de mars à mai craignent le gel et la pluie
- Les fleurs survivantes, fécondées, se transformeront en fruits. Les fruits, mûrissant, seront convoités par bien des becs et des appétits, Au menu : régalade assurée !
Imaginez un peu ce long parcours de lutte pour voir arriver un fruit ! Mais patience, tout cela arrive une fois le verger bien installé.
Pour s'installer, il faut déjà pouvoir se lancer financièrement : acheter le matériel et les arbres puis les planter, les tailler, les nourrir, les protèger, etc. Puis en récolter les fruits... seulement 5 ans après, car l’arbre doit grandir et s’implanter avant de produire ! Le retour sur investissement est lent.
En 2026, rien n’a épargné les vergers
À commencer par un hiver trop court, doux, n’ayant pas permis aux arbres de bénéficier de leur dormance hivernale habituelle.
Les gelées d'avril ont suivi et détérioré les fleurs de pêcher et d’abricotier.
À l’arrivée des chaleurs, dès juin, les arbres déjà fatigués se sont retrouvés à devoir lutter à nouveau. Les chaleurs ont favorisé la prolifération des insectes nuisibles, qui ont commencé leur cycle de reproduction plus tôt et l’ont étiré plus tard grâce à « l’été indien ». Le stock de ravageurs sera important pour 2027.
Les fruits ont pris des coups de soleil, ce qui impacte fortement leur capacité de conservation.
Les oiseaux, la faune, assoiffés, privés de la rosée, se sont désaltérés grâce aux fruits malgré les coupelles d'eau disséminés pour limiter les dégats.
Nous voici en septembre avec les arbres qui fleurissent de nouveau ! Quelle beauté pour les yeux ! Mais quelle énergie pour les arbres déjà si fatigués ! Sentant leur fin possible, une issue se profile : se couvrir de fleurs pour faire le plus de fruits possible, de l’un d’eux tombant au sol, viendra la succession.
Cet été, Clément a perdu près de 50% de sa production. Il a mis tout ce qu’il a pu dans les paniers destinés à ses AMAP mais il n'aura pas assez de fruits pour la transformation en confiture : un manque à gagner pour 2027.
Heureusement - Des AMAP présentes
Heureusement, les amapien.nes, qui appellent et se renseignent, qui s’inquiètent et qui comprennent.
Heureusement, il y a les AMAP, avec des contrats qui le soutiennent et valorisent sa production dans son ensemble.
Heureusement, il y a les AMAP, dont la singularité du contrat permet à Clément de s’adapter, de pallier le risque climatique et d’innover.
C’est grâce à cela que Clément cultive une grande diversité de fruits, des fruits classiques mais aussi des coings, des amélanches, du cassis, etc. Cette diversification est une véritable force en cas d’aléas car il y aura toujours une espèce qui résistera mieux que les autres. Et les amapien.nes apprenent ou se rappelent comment cuisiner coings et amélanches. Clément y voit une force du système car pas certain que sur un marché ou dans un magasin, les consommateur.trices auraient eu la curiosité d'acheter ses productions atypiques.
Heureusement, il y a les AMAP, dont le préfinancement et la sécurité d’un chiffre d’affaire annoncé a permis à Clément de maintenir ses emplois saisonniers, ce sont peut-être ces personnes qui s’installeront en arboriculture demain. Maintenir l’emploi et, ainsi, la formation et la transmission d’expérience.
Clément n’en est qu’à sa troisième année dans le métier. Par chance, il a repris un verger déjà planté, il en poursuit le soin et la récolte. Il en poursuit l’agrandissement et la plantation mais cette année les tout jeunes plants n’ont pas résisté. Sacré challenge que de monter en compétence dans ce contexte climatique aux mutliples défis. L’année prochaine, il sera déjà mieux préparé que celle-ci. Que dire encore de la suivante !
Un grand merci à Clément, de la ferme de Combreux, pour son témoignage.
Par Adèle, salariée du Réseau AMAP IdF