8 sept 2026

Météo des champs, les canicules passent mais les conséquences s'accumulent

© Cécile et Vincent Lagrue, 2026, Jardin Edulis

Fatigue. Fatigue. Fatigue. Si grande fatigue. Le mot revient chez toustes.
Cet été a été très dur pour les corps, le mental, les cultures et les animaux. La chaleur est passée, mais il faudra du temps pour en recenser tous les impacts, à moyen et long terme. Déjà, les conséquences sont nombreuses.
Au cœur de l’urgence et de l’épuisement, trouver l’énergie et l’espace pour réfléchir, rebondir, s’adapter.

Épuisement au travail

La chaleur ne fait pas seulement perdre des récoltes. Elle transforme la manière même de travailler.
  • Épuisement de devoir décaler les journées à l’extrême : cinq jours, dix jours, plusieurs semaines d’affilées. C’est toute l’organisation du travail qu’il faut repenser, et avec elle la vie personnelle.
  • Dans les fermes maraîchères, commencer à l’aube pour quitter la chaleur étouffante des serres avant 10h30. Reprendre le soir, au moment où les conjoint·es et les enfants rentrent, où les ami·es se retrouvent, et se retrouver isolé·e.
  • Dans les champs, trébucher sous un soleil de plomb, sans pouvoir s’en extraire, multiplier les tours d’irrigation et les heures de travail.
  • Devant le four des paysan·nes boulanger·ères, essayer de travailler au plus frais de la nuit. Comment tenir devant l’âtre brûlante ?
  • Pour les salarié·es agricoles aussi, le choc est rude : il faut poursuivre le travail malgré l’épuisement. Les arrêts ou les modifications des horaires de travail augmentent pour ménager les corps.
  • Pour les employeurs : devoir recruter davantage pour répartir la charge, former, compenser les arrêts en travaillant encore plus.
Les heures de travail se déplacent entre jour et nuit, petit matin et soirée ; se fragmentent, s’allongent. Sensation de ne plus jamais s’arrêter.
 

Angoisse face aux pertes de production

Que vendre à l’automne et à l’hiver ? Comment imaginer la suite ? Si l’irrigation a permis de préserver certaines cultures d’été, la chaleur a limité leur croissance et leur mûrissement.
Les cultures d’automne, elles aussi, ont souffert, avec des pertes importantes : poireaux, pommes de terre, oignons…
Difficile de se projeter sereinement dans les saisons prochaines sans légumes de garde.
Et le travail déjà réalisé, perdu. Il faudra compenser les retards : semer, planter, désherber, arroser de nouvelles cultures pour tenter de rattraper les pertes.
Les pertes sont protéiformes :  du temps, de l'argent, de l'énergie, des ressources naturelles...
 

Les animaux, sauvages ou domestiques, aussi ont souffert

  • Chevreuils, ragondins et sangliers cherchent où manger. Tiens, miam, un champ maraîcher !  Des lignes entières de légumes disparues et boulottées. Des filets déchirés.  Encore du travail, encore des pertes.  
  • Les éleveur·euses font ce qu’iels peuvent pour limiter les impacts et le stress sur leurs animaux, mais ne peuvent pas les annuler.

Comme dans le 91, les chèvres ont chaud.

Elles sont plus nerveuses, ce qui augmente les tensions au sein du troupeau : violence, privilèges de dominance pour l’accès à l’eau et à la nourriture, blessures…

La production de lait se maintient, mais celle de fromage baisse : le lait est plus riche en eau qu’habituellement et, à volume équivalent, le volume de fromage fabriqué est inférieur.

Il faut multiplier les points d’eau et les remplissages, ajouter parfois du réhydratant pour aider leurs organismes, passer davantage de temps aux soins, comme auprès de ce chevreau qui a souffert d’un coup de chaud. Le repos est difficile à trouver et les horaires de traite difficiles à décaler : les animaux ont besoin de régularité.
Heureusement, les haies plantées il y a cinq ans dans leur parcours extérieur commencent à fournir de l’ombre. Le soir y contempler le troupeau allongées à la queue leu leu. L’arbre : une solution d’avenir, mais qui, lui aussi, doit être abreuvé, taillé, protégé.
 

Les poules aussi souffrent. Elles ne savent pas transpirer.

Il faut imaginer des systèmes pour les ventiler dans des conditions jamais imaginées sur nos territoires. Imaginer aussi des systèmes pour les hydrater : mélanger de l’eau à leur alimentation. Du temps et de la force ! Pas facile de mélanger dix kilos de céréales dans un seau.
La production d’œufs baisse. La charge mentale liée à leur bien-être croît.
La qualité des œufs baisse aussi : les poules ne sortent plus, les herbes de leurs parcours ont brûlé. Elles n’ont plus rien à y trouver, plus rien à y gratter : sauterelles et vers de terre ont disparu.
La mortalité augmente, légèrement. Dans cette ferme de Seine-et-Marne, trois poules sont mortes au cours de l’été. C’est beaucoup, sur 120.

 

Un calendrier qui se dérègle

Adieu, calendrier de travail minutieusement pensé.
Il faut accepter d'abandonner certaines cultures, avancer ou reculer celles d’autres légumes. Chaque décalage peut entraîner la superposition des opérations de semis, d’entretien ou de récolte avec celles d’une autre production.
Les pics de travail se superposent.
Faire la moisson enchainée avec les foins : cette année, il n'y a pas eu de répit entre les 2 coupes et récoltes qui se sont enchainées. 
Récolter en même temps courges, pommes de terre et oignons.

 

Et dans nos paniers ?

Cette année, un légume absent, une récolte plus petite ou un panier différent seront le reflet visible de conditions exceptionnellement difficiles, partagées par de nombreuses fermes sur le territoire.
Être en AMAP, c’est participer à maintenir un salaire paysan décent et leur donner la possibilité d’avoir la sécurité, le temps et l’espace de s’organiser, de tester, de s’adapter pour les prochaines années.
 

Cette année encore, soutenons les paysan·nes grâce à la force des AMAP !

Adèle, chargée de l'accompagnement des paysan.nes

 

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