30 nov 2021

Dans la série "Le collectif, c'est nous", ce mois-ci, "Florent ou la dynamique du changement"

Dans son métier d'avant, Florent était satisfait et se sentait enrichi intellectuellement. Mais il n'était plus cohérent : il prêchait la relocalisation de l'économie à l'échelle internationale mais ne connaissait même pas ses voisins. A un moment, il a fallu aligner « ma tête et ma vie » comme il dit. Il a commencé par devenir amapien, sur l'initiative de sa compagne, Sylvie, et, dès les premières distributions, il a remarqué le sourire de son maraîcher, Franck Halleur. Non seulement ses légumes étaient délicieux, mais il avait l'air d'adorer son métier.

Il repère deux moments qui l'ont fait cheminer, vous savez de ces petits moments de suspens dans une vie, qui permettent de prendre du recul et de revoir ses priorités. Deux moments occasionnés par des accidents (deux entorses successives de Sylvie), qui ont mis sur pause des vacances planifiées. Un été de randonnée en vélo sur les bords de Loire, qui finit en Bourgogne avec un défi : se nourrir local exclusivement. Un séjour au Kirghistan, qui finit coincé dans une yourte au beau milieu de la steppe. Ces épiphanies le conduisent à revenir travailler en France et à commencer à monter un projet : au début c'est plutôt chambre d'hôte et ferme pédagogique, mais l'investissement de départ paraît trop conséquent. Il commence par un BTS horticole à distance tout en continuant son boulot d'avant, et sans le dire à sa hiérarchie. Il fait ses devoirs dans le train, ses stages pendant ses congés.


Pour trouver une ferme qui l'accueillerait, il cherche sur la carte du réseau des AMAP. Le maraîcher le plus proche de chez lui, c'est Laurent Marbot (encore lui ! cf. son portrait ici). Au bout de deux jours chez lui, il sait : il sera maraîcher. Et puis la ferme de Laurent est à un quart d'heure de chez lui, tout d'un coup il gagne trois heures de vie : il prend son temps, lit, réfléchit. Il obtient son diplôme au bout de deux ans et va se former chez un couple d'éleveurs-maraîchers, Vincent & Agnès Touzeau, à la ferme Saute Mouton, dans le Loiret. Il s'y sent si bien qu'il devient salarié et reste une année. En parallèle, il cherche des terres pour s'installer. Plusieurs opportunités se profilent et capotent, mais il s'est rapproché de Terre de Liens et du réseau : il est bien entouré.

C'est finalement une petite annonce de la ville de Pussay, dans l'Essonne, qui va l'emporter. Il se souvient de la première fois qu'il arrive à Pussay avec Sylvie : ils ont décidé de faire un tour en vélo pour repérer les lieux avant le rendez-vous avec la mairie. Quand ils arrivent dans le village, les trottoirs sont bondés et les gens les applaudissent : ils ont emprunté l'itinéraire du Paris-Pussay, une course qui a lieu chaque année. Mais l'impression demeure : celle d'être accueilli, d'être les maraîchers que le village attendait. La mairie a choisi de requalifier un projet de supermarché pour installer une ferme sur la zone d'activités. Elle loue le terrain et un logement dans l'école du village. Au bout d'un an, elle cède un morceau du terrain à Florent & Sylvie pour qu'ils puissent y construire un hangar et une maison, à leurs frais. Tout est allé très vite : après l'accord avec la mairie en avril, ils passent en CDOA en septembre, installent les serres en octobre, construisent les outils en décembre, font leurs premiers semis en février et sortent leurs premiers paniers en juin. Au début, ils sont en partenariat avec un groupe à Pussay et un autre à Antony, La blette humaine. Plus tard, ils contractualisent avec deux nouveaux groupes plus près de chez eux qu'Antony: Méréville et Morigny-Champigny. Aujourd'hui ils ont trois groupes, 75 parts de légumes. Les plantes aromatiques se sont développées dès la deuxième année en partenariat avec d'autres groupes AMAP un petit peu plus loin. Et puis récemment, les emprunts remboursés, l'envie de se diversifier les a convaincus de se lancer dans un nouveau chapitre de leur activité en construisant un laboratoire de transformation pour faire des sirops,des confitures et des tartinades salées.

Florent a rejoint le réseau en 2013, à l'invitation de Laurent. Il s'est immédiatement impliqué dans les questions de plaidoyer : il faut dire que le réseau venait juste d'embaucher un salarié dédié à ces missions et ils ont très vite très étroitement collaboré. Il retient de sa décennie au réseau des moments puissants qui ont permis d'affirmer l'identité et la force de notre modèle, comme la rencontre avec Vandana Shiva en 2015, ou la manifestation devant le Conseil régional l'année d'après. Il retient aussi les voyages d'étude comme de grands moments de retrouvailles et de réflexion partagée. S'il ne renouvelle pas son mandat à la prochaine AG du réseau francilien, il souhaite cependant continuer à s'impliquer au sein d'Urgenci, la plateforme qui met en lien les réseaux AMAP développés à l'étranger. Et pour ce qui est du local, il participe à un grand chantier de restauration de la biodiversité dans son village de Pussay (il devait planter 250 arbres ce dimanche sur un triangle de terre juste devant sa ferme), il veut développer l'accueil à la ferme, avec des scolaires ou des groupes d'handicapés (il a déjà un groupe qui vient tous les jeudis et qui est en train de développer son petit coin à cultiver). Il veut aussi accueillir des apprenti.es des lycées agricoles pour continuer de former les futures générations. Parce qu'il croit au changement, des pratiques et des mentalités. Certes il faut influencer les politiques publiques, mais il faut aussi aider les gens à reprendre la main sur leur temps. Pour lui, changer le monde commence par des légumes à éplucher.

Par Maud, administratrice du Réseau

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